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25.11.2007 - 21:18 Uhr schrieb Magali R.
Sorry I apologize for not writing in German but I simply can't speak German. I've seen the documentary film "Havana - die neue Kunst, Ruinen zu Bauen" and I have been deeply moved by it because it describes the reality of Cuba soberly but so appropriately, without petty sentimentalism. Congratulations to Florian Borchemeyer, his film is a real masterpiece.
I've written a review of it, sorry it is in French, I hope some of you can read it (and maybe someone can translate):
Des images magnifiques et des témoignages émouvants nous font découvrir l’autre face de La Havane, la réalité qui se cache derrière ces façades décrépites qui nous parlent d’une splendeur passée et que les touristes ne se lassent pas de photographier. Des hommes et des femmes qui ont choisi, dans une certaine mesure, de vivre ici, et qui nous racontent leur Havane. Des histoires ordinaires et étonnantes à la fois, des gens simples, mais des mots justes, une parole sans fioriture mais dont émane une poésie du dépouillement, à l’image de ces murs fissurés qui menacent à tout moment de s’effondrer, mais qui, au réveil, tiennent toujours ; combien de temps encore ? Une parole qui déchante tout en chantant malgré tout l’amour pour une ville qui s’écroule mais qui résiste encore, vacillante mais vaillante, face à la mer, et qui un jour peut-être renaîtra de ces cendres.
Misleidys, « la loca », « la puta », a quitté un mari millionnaire, une demeure avec piscine et jacuzzi pour aller trouver le bonheur auprès de son amour de jeunesse et des vieilles pierres du passé. Elle a bien reçu un jour dans son sommeil un morceau de plâtre sur la tête, mais elle continue d’aimer cet appartement, « pour les bons souvenirs », tout en avouant aussi n’avoir pas vraiment d’autre endroit où aller.
Totico-y-sus-palomas, plombier, homme à tout faire, est amoureux des oiseaux plus que de sa femme. Elle le quitte, mais c’est elle qui souffre car lui continue de rêver de liberté dans son pigeonnier sur les toits alors qu’elle part s’enterrer à Alamar, quartier qui n’aura jamais d’âme pour celle qui n’y a pas grandi.
Reinaldo dans son théâtre danse au son des orchestres du passé, vous ne les entendez pas mais il les voit, il les applaudit même, assis au premier rang d’une scène effondrée depuis longtemps. Son théâtre, Rocamor, il le fait vivre dans son esprit, et sa maison c’est ici : pas d’eau, pas d’électricité, mais un immense espace baigné d’ombre et de lumière, que la caméra rend encore plus majestueux peut-être dans sa décadence actuelle que dans sa splendeur d’antan. Quelques images d’archives font alors revivre le passé. Mais le cadrage et la lumière évoquent, appellent, invoquent ces fantômes avec plus de force encore.
Nicanor, compañero révolutionnaire de la première heure mais aussi parmi les premiers prisonniers du nouveau régime, traîne ses béquilles sur ce qui reste des terres de la finca de son père. « Délabrée », oui, c’est le mot qui lui convient désormais, mais Nicanor se contente de dire que « les choses changent », l’histoire lui a sans doute appris à se taire. Il accepte son sort avec fatalisme et sauve ce qu’il peut de ces vieux murs que l’armée a occupés sans ménagement.
Tous mettent des mots sur cette réalité qui a la beauté sombre et vibrante du désespoir et de l’espoir. Ils sont tous, à l’image de l’écrivain Antonio José Ponte, « ruinologues » et construisent sur ce qui se déconstruit une poétique des ruines.
Des visages, des mots, des ruines… ainsi pourrait se résumer ce documentaire qui par une subtile alchimie parvient à montrer toute la détresse d’un pays sans jamais glisser dans le sordide ou dans le sentimentalisme gratuit.
Un fond sonore réduit à presque rien, quelques notes à peine quand nos témoins se taisent, mais leurs mots résonnent dans le silence des murs.
Ils parlent, ces Cubains, et tout en clamant leur amour pour leur terre (ils sont restés, eux – nombreux sont ceux qui sont partis), ils se livrent devant la caméra comme ils ne peuvent le faire nulle part ailleurs. Jamais ils ne se plaignent, mais ils parlent enfin.
L’écrivain réduit au silence (pas de pire châtiment pour un homme de mots) se voit offrir un espace pour dire son texte et nous livre sa théorie des ruines, une analyse poético-politique de l’urbanisme de La Havane, émaillée de citations ou d’allusions à Thomas Mann, Henry James ou Rimbaud, mais qui ose évoquer la mort de Fidel, ruine suprême du pays, dont on attend l’effondrement, entre révolte silencieuse et résignation.
Portraits d’habaneros dans leurs murs, dans leurs ruines, qui ont préféré le royaume des ombres à l’exil, mais qui osent enfin parler, défiant les autorités et bafouant le discours officiel.
Et l’on se prend à rêver aux autres visages, aux autres destins, aux autres mots et aux autres silences que les fissures de La Havane nous laissent entrevoir.
La Havane, dont le cœur bat derrière les ruines.
Combien de temps encore ?
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